Les émotions affligeantes

Publié le par NOURRY Marie-Pierre

Extrait d'un forum sur le vécu des maladies chroniques.

"Les émotions que je garde pour moi et qui me font souffrir.

Lorsqu’un membre de votre famille ou un ami vous demande “Comment vas-tu?”, habituellement, il désire savoir si vous ne souffrez pas d’une douleur, d’un malaise, ou si allez mieux ou moins bien que lors de votre dernière rencontre. Rarement on s’inquiète pour votre état émotionnel. Pourtant, souvent, vos réactions émotionnelles par rapport à votre maladie sont plus stressantes que les effets physiologiques de votre maladie.
Alors que vous et votre famille faites tout ce qu’il est possible pour faire face à vos malaises physiques, il est souvent plus difficile de soulager votre détresse émotionnelle. Vous pouvez apprendre à mieux comprendre et accepter vos émotions … les comprendre sans honte, culpabilité ou récrimination.
Pour vous aider à mieux comprendre, je vais vous décrire les expériences émotionnelles les plus communes que rencontrent les personnes souffrant d’une maladie chronique en admettant bien entendu, que tout le monde n’ait pas forcément les mêmes réactions que celles que je vais décrire*. En décrivant ces réactions émotionnelles, je vais mettre en évidence des pensées ou des sentiments que vous n’avez peut-être jamais exprimés, reconnus ou avoués. Celles-ci pourraient choquer ceux d’entre-vous qui sont tout à fait capable de garder une attitude positive face à la maladie, en mettant de côté les pensées et émotions qui risquent de les perturber. Ce texte s’adresse à ceux qui ont besoin du soulagement émotionnel qu’apporte la compréhension partagée.
*(Les réactions émotionnelles, décrites plus bas, se manifestent lors de maladies chroniques acquises après l’enfance.)


LES EMOTIONS AFFLIGEANTES

COLÈRE …Vous êtes en colère parce que vous avez une maladie … mais contre qui devez- vous être en colère? … Dieu, le destin, le monde entier ? Vous êtes en colère contre les médecins parce qu’ils n’ont aucun moyen pour vous guérir. Vous pensiez que les médecins savaient tellement de choses et à présent, vous réalisez qu’il n’en est rien. Et qu’en plus, vous ne les intéressez que parce que vous représentez un « cas ». Lorsque vous allez à la consultation, ils sont tellement pressés, ne vous donnent pas d’explications ou si peu ou alors vous disent des choses qui vous font peur ou vous irritent.
Vous êtes aussi en colère contre les membres de votre famille ou vos amis qui souvent ne sont pas disponibles lorsque vous avez besoin d’eux et qui attendent de vous plus que vous ne pouvez leur donner. Vous souhaiteriez qu’ils vivent dans votre corps, seulement un jour ou ne fusse qu’une heure afin qu’ils comprennent ce qu’est votre vie… Ainsi, ils ne feraient plus ou ne diraient plus ce qui blesse vos sentiments. Vous êtes irrités à la pensée que cela doit leur peser de faire ce qu’ils font pour vous…et vous souffrez et sentez du ressentiment en retour.

CULPABILITÉ … Il se peut que vous culpabilisiez pour la maladie dont vous souffrez. Peut-être pensez-vous ne pas avoir suffisamment pris soin de votre santé. Ou peut-être est ce Dieu qui vous puni pour quelque chose que vous ayez fait… mais vous ne savez pas quoi … Simplement, vous vous dites que c’est votre faute.

HONTE … Si vous considérez votre maladie comme un signe de faiblesse ou comme le reflet de votre faible personnalité, vous serez honteux d’être malade. Si vous êtes fier de votre indépendance ou d’être toujours disponible pour les autres, vous serez tout particulièrement gêné lorsque vous aurez besoin des autres. Plus encore si vous souffrez d’une infirmité, difformité visibles ou qui vous défigurent, vous pourriez être douloureusement embarrassé et honteux.

FRUSTRATION … Si vous souffrez d’une infirmité qui nécessite l’aide journalière des autres, vous vous sentirez constamment inutile. Vous êtes frustré parce que vous n’êtes plus capable de faire ces choses quotidiennes ou vous êtes frustré parce que les autres ne font pas les choses aussi rapidement ou aussi exactement que vous aimeriez. C’est aussi très frustrant et déprimant de ne plus pouvoir participer aux activités dans lesquelles vous excelliez.

MÉSESTIME DE SOI … Si vous n’êtes plus capable de faire ce que vous faisiez auparavant, non seulement vous vous sentirez frustré mais également incompétent, inutile. Et si en plus vous êtes perfectionniste et que vous ne pouvez plus atteindre les résultats espérés, vous pourriez vous sentir découragé et cela pourrait même vous amener à vous haïr.

PITIÉ POUR SOI-MÊME … Vous avez pitié de vous moi-même si vous ne pouvez pas mener votre vie comme tout le monde. Vous vous sentez trompé et injustement traité si vous êtes incapable de terminer vos études, vous marier, avoir des enfants, posséder une habitation ou poursuivre votre carrière professionnelle. Et vous ne pouvez vous empêcher d’envier les autres et d’avoir du ressentiment vis à vis de ceux qui sont capables de réaliser toutes ces choses.

REMORDS … Vous avez des remords lorsque vous ne pouvez plus faire face à vos responsabilités d’épouse ou d’époux. Le remord peut être invivable si vous êtes une mère incapable de faire pour vos enfants tout ce que vous estimez devoir faire pour eux. Le remords peut être intensifié si vous pensez être une charge pour les autres … spécialement si vous avez besoin d’aide pour vos soins personnels et d’hygiène. Et vous devez ressentir de la rancœur vis à vis des membres de votre famille dont vous dépendez, vous ressentez non seulement de la culpabilité mais aussi de la souffrance.

PEUR … Si votre maladie est évolutive et dégénérative, vous vivez avec appréhension ou même angoisse et vous vous alarmez au moindre changement de votre état. Si votre vie est en danger, un nuage est suspendu au-dessus de votre tête. Vous êtes assailli par la peur pour votre famille. Si vous avez de jeunes enfants … pour lesquels vous vous faites du souci … qu’adviendra t-il d’eux si jamais quelque chose vous arrive? Si vous dépendez de vos parents ou de votre partenaire pour vos soins personnels, vous vous faites du souci … que vous arrivera t-il si quelque chose leur arrive? Même si cela est improbable, la pensée vous a effleurée … qu’arrivera t-il si votre partenaire se fatigue de s’occuper de vous et vous quitte? Que ferez vous alors ?

SOULAGEMENT EMOTIONNEL ...
Même si vos réactions émotionnelles sont courantes, normales, si vous vous blâmez pour ces émotions vous risquez de souffrir encore plus qu’il n’en faut. Si c’est le cas, vous gagneriez en compréhension et acceptation de votre état en partageant vos sentiments avec une personne compatissante de votre entourage ou parmi vos amis qui serait susceptible de comprendre vos émotions et saurait vous écouter. Vous pouvez même utiliser ce texte comme base pour décrire et parler de vos émotions et de vos réactions.
Vous pouvez aussi alléger vos charges émotionnelles en les partageant avec un groupe de malades que vous rencontrerez sur un forum, par exemple. Si ces moyens ne sont pas suffisants pour vous venir en aide, vous pouvez aussi bénéficier d’une aide professionnelle. L’assistance psychologique ne soulage pas seulement la souffrance causée par le remord, l’appréhension, l’anxiété, la dépréciation de soi et la dépression mais peut procurer de nouvelles perspectives de vie et vous aider à faire face à votre maladie.
Il est important de garder en mémoire que vous n’êtes pas responsable de votre maladie … vous êtes responsable de ce que vous faites ou non pour vous aider vous-même à vivre avec elle. Je vous souhaite d’être un bon aidant."

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